PROPRIÉTÉS ET UTILISATIONS
La séduction des plantes grasses et des cactées tient à leur apparence inhabituelle et fascinante, mais beaucoup d’entre elles possèdent des vertus cachées. Depuis les temps les plus reculés, elles sont utilisées comme nourriture, boissons et plantes médicinales, parfois même pour la fabrication d’outils et la construction. Elles sont promises à des utilisations encore plus variées dans l’avenir. Le cactus Cereus hildmannianus serait capable d’absorber les radiations nocives des écrans vidéo (TV, ordinateurs) et les tiges de certains Opuntia peuvent être transformées en combustible alcoolisé, substitut du pétrole. Aeonium lingleyi est un merveilleux antidote contres les brûlures du latex des Euphorbes. De plus, les cactées sont une ressource renouvelable.
Aliments et Boissons
Les cactées et les succulentes ne semblent pas comestibles, pourtant, beaucoup sont consommées comme légumes, tandis que d’autres produisent des fruits savoureux. Le figuier de Barbarie, Opuntia ficus-indica, est bien connu pour cela : de couleur jaune, blanche ou rouge, ses fruits sont vendus sur les marchés mexicains, mais aussi en Australie et dans de nombreux pays méditerranéens. Le fameux » coussin de belle-mère » à fleurs bordeaux, Echinocereus triglochidiatus, a des fruits roses à maturité dont on fait une délicieuse confiture. O. streptacantha donne des fruits rafraîchissants. Dans les jardins méditerranéens, ceux d’O. robusta sont d’une saveur fraîche et parfumée. On ignore souvent qu’O. leucotricha, utilisé en plante ornementale, donne des sortes de petites pêches à saveur citronnée. Qui connaît la » fraise du désert « ? C’est le fruit d’Echinocereus enneacanthus, baie rose de 3 cm de diamètre dont l’odeur et la saveur sont celles des fraises européennes. Les » pitayas « , fruits rouges de la taille d’une grosse poire que l’on trouve aujourd’hui sur nos marchés, sont les fruits de la liane Hylocereus undatus. Au Mexique également de nombreux cierges produisent des fruits comestibles : Lemaireocereus griseus, L. queretaroensis, Stenocereus stellatus, Marshallocereus thurberii ou Machaerocereus gummosus. N’oublions pas les garambulos, fruits de Myrtillocactus geometrizans qui rappellent les myrtilles.
Au sud-ouest des États-Unis, la mouture des graines de Carnegia gigantea fournit la farine aux Indiens.
Sur les hauts plateaux de Bolivie, on prépare le cactus Neowerdermannia vorwerkii comme la pomme de terre, et au Mexique, on fait avec de jeunes » raquettes » d’Opuntia subulata pelées et bouillies des nopalitos. Ces raquettes provenant de certains Opuntia sans épines servent aussi à l’alimentation du bétail.
Les tubercules de Ceropegia et de Brachystelma font partie du régime alimentaire des Bantous. On confectionne des desserts avec la chair acidulée de Ferocactus wislizeni.
Cosmétiques et Médicaments
Depuis les temps les plus anciens, les cactées et les succulentes, comme d’autres plantes, ont servi à la fabrication de cosmétiques et de remèdes.
Les propriétés cicatrisantes de certaines espèces d’Aloe étaient connues des Grecs et des Romains qui s’en servaient pour traiter les blessures et les problèmes de peau. Ces mêmes propriétés sont reconnues aujourd’hui ; la sève mucilagineuse extraite de feuilles fraîches et appliquée sur la peau apaise les brûlures et les petites plaies.
La sève de l’Aloe est le complément de nombreux produits de beauté. Aloe barbadensis (syn. A. vera) est l’espèce la plus employée dans l’industrie cosmétique, et elle est cultivée de façon intensive en Floride, au Texas et dans les Caraïbes.
Selenicereus grandiflorus, à la floraison nocturne, a aussi des vertus thérapeutiques. Ses fleurs fraîchement coupées servent à la préparation de médicaments stimulant la circulation sanguine et ce cactus est cultivé à cet effet, de manière intensive, dans certains pays d’Amérique du Sud.
Au début du XXe siècle, les tubercules charnus de Testudinaria elephantipes servaient à la production de cortisone, agent anti-inflammatoire. Testudinaria est encore utilisée aujourd’hui dans l’industrie pharmaceutique pour la fabrication des pilules contraceptives.
Une petite espèce de cactus, Lophophora williamsii, appelé aussi peyotl, était prescrit par le passé pour traiter les rhumatismes et l’asthme. Les Aztèques croyaient que ce » champignon sacré » avait des pouvoirs mystiques à cause de ses propriétés hallucinogènes. Encore utilisé par certains Indiens d’Amérique du Nord pour les cérémonies religieuses, il est interdit d’usage dans de nombreux pays.
Le fruit de Pachycereus pecten-arboriginum est utilisé comme brosse à cheveux chez les indiens Cahita-yaquis.
Cordes et Teintures
L’utilisation des cactées et des succulentes est parfois inattendue, notamment sur le continent américain et en Afrique, où elles ont toujours poussé à l’état sauvage. Le cactus Oreocereus celsianus par exemple, originaire d’Argentine et de Bolivie, a des aiguillons doux et soyeux utilisés pour la literie et la garniture de coussins. Les fibres récoltées sur les Cephalocereus ou les Pilosocereus servent également aux mêmes usages.
Mais c’est l’Agave sisalana qui fait l’objet du plus important commerce, le sisal servant à la fabrication de cordes, ficelles, sacs et tapis. Au Kenya et à Madagascar, des forêts ont été supprimées pour faire place à de grandes plantations.
Dans le passé, les Indiens du nord du Mexique utilisaient les plantes grasses pour attraper le poisson : les tiges de Stenocereus gummosus pilées et jetées dans l’eau étourdissaient les poissons par leur sève toxique et il suffisait alors de les attraper à la main. En Afrique australe, la sève vénéneuse de Euphorbia cereiformis, E. heptagona et E. virosa était cuite et formait un sirop que l’on appliquait sur les pointes des flèches pour la chasse.
Mais l’utilisation traditionnelle la plus ancienne est sans doute celle qu’en fit la civilisation aztèque, florissante au Mexique du XIVe au XVIe siècle. Les Aztèques cultivaient Opuntia coccenillifera, hôte de la cochenille, insecte farineux dont les femelles, une fois écrasées, fournissent une teinture riche pourpre qui servaient à teindre les vêtements royaux et de cérémonies. Les cochenilles mâles donnent une teinture d’un rouge écarlate éclatant. Quand les Espagnols arrivèrent au Mexique au XVIe siècle, ils établirent leurs propres plantations de cactus. Aujourd’hui, l’Amérique du Sud est un grand producteur de cochenille utilisée comme colorant biologique dans l’alimentation et la fabrication de rouges à lèvres.
Outils et Construction
L’ingéniosité des hommes a su tirer le meilleur parti des cactées et des plantes succulentes. En Amérique du Sud, certains aiguillons de cactus sont transformés en cure-dents ou en peignes, et les longs piquants pointus du cactus colonnaire Cereus hildmannianus sont utilisés comme aiguilles à coudre. Pendant des siècles, au Mexique, les aiguillons recourbés de Mammillaria bocasana servaient d’hameçons.
Les feuilles de la succulente mexicaine Calibanus hookeri renferment une substance semblable à du savon qui, associée aux bords dentelés des feuilles, constitue des tampons à récurer très efficaces. Cette même plante fournit des feuilles robustes utilisées comme chaume pour les toitures.
En Namibie, la petite plante grasse arbustive Sarcocaulon burmannii a été surnommée » chandelle du broussard « , la résine inflammable qui la revêt lui permettant de faire fonction de torche. Opuntia cholla, O. alcahes et O. imbricata peuvent également être utilisées.
Certaines cactées très robustes ont des tiges dont le tissu ligneux est un bon matériau de construction, même décoratif, là où le bois est rare. À la frontière de la Bolivie et de l’Argentine, Trichocereus pasacana sert de bois de chauffage et de matériau pour la construction des maisons et de meubles. Au Venezuela, certaines espèces de Pilosocereus ont les mêmes utilisations. Le port colonnaire et les piquants redoutables de certaines cactées et succulentes en font d’excellentes plantes de haies. Ainsi, Euphorbia milii, ou couronne d’épines, Marginatocereus marginatus, Opuntia et Pereskiopsis divers sont des barrières infranchissables. Au Mexique, le grand cactus en colonne Pachycereus marginatus fait une clôture très efficace.
NOËL EN OCTOBRE!
Il suffit de recouvrir, en fin de journée, les Schlumbergera d’un film plastique opaque pour que la plante se mette à fleurir. En septembre, si l’on plonge le » cactus de Noël » dans l’obscurité dès 18 h-19 h, il fleurira début octobre. À l’inverse si, la nuit venue, on expose le cactus à de la lumière artificielle, la floraison ne commencera pas. Elle ne pourra se déclencher que lorsque les nuits redeviendront longues.
L’AUTEL DES SACRIFICES
Les très vieux et très gros sujets d’Echinocactus ingens étaient utilisés par les Aztèques comme autels pour leurs sacrifices humains. Aujourd’hui, leur pulpe est consommée confite et coupée en tranches sous le nom » d’acitron « .
UNE LOTION DE BEAUTÉ
Le jus d’aloès utilisé comme lotion de beauté pour la peau est connu depuis l’Antiquité. C’est de lui que viendrait la beauté légendaire de Cléopâtre. L’espèce utilisée est l’Aloe vera, dont les feuilles coupées laissent exsuder une sève jaune. Les vertus cicatrisantes et apaisantes de cette sève, appliquée fraîche sur les plaies et les brûlures, sont indiquées dans l’Antiquités. De nos jours, on n’a pas trouvé mieux que la sève de l’Aloe vera pour soigner les brûlures graves par irradiation aux rayons X. La cosmétique aussi utilise l’aloès : crèmes solaires, dentifrices, pommades, shampooings, etc. Il existe même une boisson rafraîchissante au jus d’aloès.
JARDINS À VISITER
Aujourd’hui, cactus et succulentes, utilisées comme plantes d’extérieur ou d’intérieur, suscitent autant d’intérêts qu’autrefois. Il existe dans le monde entier de nombreuses associations consacrées à ces plantes. Les botanistes continuent de découvrir de nouvelles espèces dans la nature, et la technologie moderne (microscopes électroniques et informatique) dont ils disposent leur permet de fournir un nombre croissant de données sur l’étrange anatomie de ces plantes.
Partout dans le monde, des jardins privés et des institutions botaniques ont constitué d’impressionnantes collections. Les plus célèbres sont le jardin botanique d’Huntington en Californie, la collection Zurich, le Palmengarten à Francfort, et la plus ancienne collection qui subsiste est celle du Jardin botanique royal de Kew, à Londres. Une autre belle collection se trouve à Brisbane, en Australie.
Comme pour d’autres groupes de plantes, la protection des cactées et des succulentes se révèle nécessaire. Un contrôle plus strict s’impose pour la protection des espèces en danger dans leur habitat, à la fois contres les trafiquants et contre l’accroissement des zones de pâturage et des terrains agricoles, les changements climatiques, la pollution et la diminution des pollinisateurs naturels.